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Gauguin à Tahiti : Premier séjourLes affres de la misère et un certain dégoût pour la civilisation poussent Paul Gauguin à s’embarquer pour Tahiti en 1891. En s’éloignant de la civilisation, il s’imagine trouver un havre de paix et le mythe du bon sauvage. Avant son départ, il déclarera dans l’Echo de Paris : « Je pars pour être tranquille, pour être débarrassé de l’influence de la civilisation. Je ne veux faire que de l’art simple (…) j’ai besoin de me retremper dans la nature vierge, de ne voir que des sauvages, de vivre leur vie. » En mission officielle, Gauguin débarque à Papeete en juin 1891, après 69 jours de traversée. A son arrivée, il est reçu par le gouverneur et admis au cercle militaire. Ses illusions sont rapidement balayées quand il découvre Papeete. Toits de tôle, tavernes et communauté européenne lui rappellent par trop ce qu’il a voulu quitter. Après quelques séjours offerts par le gouverneur chez les officiers, Gauguin loue une maison en bois et s’installe. Il s’initie aux rudiments du tahitien et découvre les outils en bois traditionnels. Trop occupé par le tourbillon de la vie à Papeete, Gauguin ne produit que peu d’œuvres pendant cette période. Au mois d’août, souffrant de la syphilis et d’une hépatite, il est hospitalisé. Remis sur pieds, il quitte Papeete pour s’installer à Paea, chez l’instituteur français. Le lagon, la vue sur l’île sœur de Moorea, la végétation luxuriante, les fleurs éblouissantes et les fruits aux couleurs chatoyantes lui font entrevoir la beauté qu’il est venu chercher et il commence à retrouver le bonheur. Il fait la connaissance d’un jeune tahitien qui l’emmène visiter l’intérieur de l’île et sa végétation impénétrable. Il comprend progressivement les rapports qu’entretiennent les polynésiens avec la nature et surtout pourquoi ils peuvent rester des heures à la contempler. Avec la rentrée scolaire, il doit déménager et s’installe à Mataiea avec sa vahiné Titi. Gauguin loue un modeste fare et Titi, habituée à la « ville » ne tarde pas à le quitter. A cette période, Gauguin peint beaucoup. Avant Noël il a déjà une vingtaine de toiles à son actif, dont « Deux tahitiennes sur la plage », « Jeunes Tahitiens à Table », « les pêcheurs » ou encore « Ia orana Maria ». Mais Gauguin ne sait pas subvenir à ses besoins par lui même (pêche, escalade pour la cueillette etc.). Il doit donc se ravitailler auprès du commerce local et l’argent vient à manquer. Il demande à l’un de ses amis métropolitains de plaider sa cause pour l’obtention d’un poste de juge de paix aux Marquises. Ces démarches n’aboutissent pas. Localement, ses amis lui viennent en aide moyennant parfois des commandes de portraits. Les revenus restant insuffisants pour survivre, il accepte de garder un magasin de meubles situé à Paea pendant 11 jours. Il s’intéresse à la communauté Ari’ioi et peint « Vairiaumati tei oa » et « Te aa no te Areoi ». La période est de nouveau propice à la peinture et Gauguin achève une 20aine de toiles, dont « Vahine no te tiare » avant que la maladie ne resurgisse. Partagé entre le désir de rentrer pour répondre aux exigences de la vie quotidienne et l’envie de rester pour satisfaire à son art, Gauguin, cette fois en manque d’inspiration, décide d’entreprendre la visite de Tahiti. C’est au cours de ce périple qu’il fait la connaissance de Teha’amana, une jeune fille de 13 ans qui rentre avec lui à Mataiea. Nous sommes en 1892. Teha’amana vit avec Koke pendant un an (Koke vient de la prononciation de Gauguin par les tahitiens). Elle laisse Gauguin peindre en paix et pourvoit à tous les besoins domestiques du couple. Gauguin est de nouveau heureux. Très vite, Teha’amana est enceinte. Elle prend la nouvelle avec désinvolture et choisit de ne pas garder l’enfant, ce qui n’est nullement sanctionné en Polynésie. Fin 1892, le peintre réalise des toiles inspirées des thèmes
mythologiques tahitiens comme « Pastorales tahitiennes ». Mais sa
situation est toujours précaire. A cours de matériel pour peindre,
il écrit. Ses démarches pour un rapatriement ayant enfin abouti,
il s’embarque pour la France le 14 juin 1893 avec de nombreuses toiles
et sculptures dans ses bagages. Il débarque à Marseille le 3 août. |
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